LEXIQUE BENJAMINIEN

Précisions sur certains mots, concepts et associations chez Walter Benjamin

Matérialisme historique

Du matérialisme historique, lecture, méthode marxiste d’analyse de l’histoire et des faits sociaux, Benjamin fait une utilisation très personnelle, « hérétique » et « hétéroxode », où il prend les éléments qui l’intéresse, comme la lutte des classes, la domination de l’Etat, la révolution sociale, l’attachement à une société sans classes, le fétichisme de la marchandise, puis les agence selon ses propres conceptions, dans un alliage où se mêlent influences anarchistes, théologie et romantisme. Il ne fait pas de critique « ouverte » du marxisme, et surtout dans les Thèses, mais ses positionnements, notamment par rapport au progrès, à la technique ou au pouvoir du parti et de la bureaucratie, énoncent de fait une critique de certains textes et plus encore des courants et des partis (et tout particulièrement du stalinisme).

Parmi ses textes de références au marxisme se trouvent, entre autre, outre de Histoire et conscience de classe de Georg Lukacs, les Manuscrits de 1844, les écrits sur les révolutions de 1848-1850 et sur la commune et la Critique du Programme de Gotha de Marx.

Théologie

« Ma pensée se rapporte à la théologie comme le buvard à l’encre : elle en est totalement imbibée. Mais s’il ne tenait qu’au buvard ; il ne resterait rien de ce qui est écrit.  » (Walter Benjamin, Livre des passages, p 488)

Pour Löwy : Que signifie « théologie » pour Benjamin ? Le terme renvoie à deux concepts fondamentaux : la remémoration (Eingedanken) et la rédemption messianique (Erlösing). Les deux sont des composantes essentielles du nouveau « concept de l’histoire » que les Thèses construisent.

« La théologie pour Benjamin n’est pas un but en soi, elle ne vise pas la contemplation ineffable des vérités éternelles, et encore moins, comme pourrait le faire croire l’étymologie, la réflexion sur la nature de l’Etre divin : elle est au service de la lutte des opprimés. Plus précisément, elle doit servir à rétablir la force explosive, messianique, révolutionnaire, du matérialisme historique – réduit à un misérable automate par ses épigones. Le matérialisme historique dont se réclame Benjamin dans les thèses suivantes est celui qui résulte de cette vivification, de cette activation spirituelle par la théologie. »

Remémoration Eingedanken

(…) l’histoire n’est pas seulement une science et (..) elle est tout autant une forme de remémoration. Ce que la science a « constaté », la remémoration peut le modifier. La remémoration peut transformer tout ce qui est inachevé (le bonheur) en quelque chose d’achevé et tout ce qui est achevé (la souffrance) en quelque chose d’inachevé. C’est de la théologie ; mais nous faisons, dans la remémoration, une expérience qui nous interdit de concevoir l’histoire de façon fondamentalement a-théologique, même si nous n’avons pas, pour autant, le droit d’essayer de l’écrire avec des concepts immédiatement théologiques. (Walter Benjamin, Le Livre des passages, p 489)

Rédemption messianique Erlösing

« Le terme Erlösung, que Benjamin a très probablement emprunté au livre de Franz Rosenzweig, Der Stern der Erlösung (L’Etoile de la Rédemption), a une signification à la fois et inséparablement théologique – le salut – et politique : la délivrance, la libération. Cela vaut aussi pour le terme équivalent en hébreu : ge’ulah. »
Note Michael Löwy, p 44

Jugement dernier

Note d’Anna Harendt :
« Jugement dernier » traduit Weltgericht, Benjamin joue sur le double sens du mot Gericht : 1) jugement ; 2) plat.
(Hannah Arendt, Walter Benjamin 1892-1940, éditions Allia)



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