AU COMMENCEMENT ETAIT LE VERBE

Il devient quasiment impossible de respirer. Les hommes de notre temps, avec les journaux, les revues, la radio, la télé, le cinéma, sont amenés à entendre et à lire tant de paroles vides que les âmes plus profondes sont littéralement affamées. Prêtons l’oreille, au contraire, aux mots et aux exemples tout simples par lesquels parle l’esprit, et qui ne l’éteignent pas.

Tarkovski, Journal, 23-24 février 1982, p 294


N. C. : Pourquoi au commencement y avait-il le verbe, comme le rappelle la phrase finale de Sacrifice ?
A. T. : Nous sommes très fautifs envers le verbe. Le verbe n’a de force magique que lorsqu’il est vrai. Aujourd’hui le verbe est utilisé pour cacher les pensées. En Afrique, on a découvert une tribu qui ne connaît pas le mensonge. L’homme blanc a essayé de leur expliquer et ils n’ont pas compris. Essaye de comprendre la mystique de ces âmes-là, et tu sauras pourquoi au début il y avait le verbe. L’état du verbe démontre l’état spirituel du monde. Actuellement l’écart entre le verbe et ce qu’il signifie ne fait que s’amplifier. C’est très étrange. C’est une énigme !

Le plus important est la liberté de l’information que l’homme doit recevoir sans contrôle. C’est le seul outil très positif. La vérité non contrôlée est le début de la liberté.

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Andreï Tarkovsky
Une lueur au fond du puits ?
par Thomas Jonhson



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