CANDITATURE

Comment Walter Benjamin se raconte-t-il ? S’il est si difficile encore aujourd’hui de le définir, lui-même s’est confronté à cette difficulté, dans ses nombreuses recherches d’un poste académique qu’il n’obtiendra jamais. Frédéric Pajak, dans le Manifeste incertain, reprend les différentes candidatures de Benjamin.

Comment Benjamin se définit-il lui-même lorsqu’il rédige ses curriculum vitae ? – Il en donne six versions, et chacune évoque une vie différente.

Il se déclare intéressé par la philosophie, par l’histoire de la littérature allemande, par l’histoire de l’art, mais aussi par les études mexicaines.

Plus tard, il se présente comme chercheur et écrivain indépendant, sans confession, sans affiliation à un parti politique. Il dit avoir étudié la science de la littérature.

Accessoirement, il publie régulièrement des critiques de publications scientifiques dans le Franckfurter Zeitung et la Südwestdeutsche Rundfunk.

Plus tard encore, il effectue des travaux de philologue et de traducteur, et traduit notamment Baudelaire et Proust.

Enfin, il se déclare intéressé par la philosophie du langage, la théorie de l’art et la sociologie des arts plastiques.

Mais, pour gagner sa vie, ou plutôt pour survivre, il écrit des pièces radiophoniques et des articles – « des bêtises destinées à la radio et à la presse ».

Benjamin ne cache pas son ambition de devenir «  le critique le plus important de la littérature allemande  ».

Parlant des philosophes, il se sent « désespérément déplacé au milieu de ce monde de professionnels », et ajoute : « Les philosophes sont les laquais les plus mal payés parce que les plus superflus de la bourgeoisie internationale. »

En vérité, il est autant inspiré par la poésie romantique que par la psychanalyse, l’Histoire, les utopies sociales, la philosophie – et rêve d’associer Platon, Spinoza et Nietzsche. Il cherche surtout à concilier l’inconciliable : la tradition juive, le communisme – dont il définit les buts comme un « non-sens » - avec les idéaux anarchistes, qu’il trouve néanmoins dénués de valeur.

Frédéric Pajak, Manifeste incertain volume 1, Editions noir sur blanc, Lausanne


METATEXTE


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Autre extrait du Manifeste incertain



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