MATIN D’HIVER

Chacun d’entre nous a cette fée qui accorde un vœu. Mais rares sont ceux qui savent se souvenir du souhait qu’ils formulèrent ; aussi, rares sont ceux qui reconnaissent plus tard dans leur propre vie leur vœu exaucé. Je sais celui qui pour moi se réalisa et je ne veux pas dire qu’il ait été plus malin que celui des enfants des contes de fées. Il se forma en moi lorsque, les petits matins d’hiver, à six heures et demi, la lampe s’approchait de mon lit et projetait sur la couverture l’ombre de la bonne. (…) Ce souhait : pouvoir dormir mon saoul. Je l’ai formulé mille fois et plus tard, il fut exaucé réellement. Pourtant il fallut longtemps avant que je le reconnaisse exaucé, dans la vanité de tous mes espoirs d’avoir une situation et le pain assuré.

Walter Benjamin
Enfance berlinoise
1933
Traduction Jean Lacoste
Editions Maurice Nadeau



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