LESERTEUR

Le Déserteur avoue au prêtre qu’il est déserteur, c’est-à-dire qu’il n’a pas de papiers. Plus encore que de nos jours, 1850 est l’époque du « papier d’identité » ; qui veut voyager loin doit en être bardé : il en faut de toutes les sortes et de toutes les couleurs, il y faut des tampons de toutes les formes, et chacun sait, au surplus, que ces papiers ne sont presque jamais réclamés aux bourgeois, mais qu’il suffit d’une veste élimée, d’un pantalon rapiécé, d’une joue mal rasée, d’une barbe négligée (et c’est le cas) pour qu’on soit tarabusté de tous les côtés. Une absence totale de papiers : c’est la prison.

Jean Giono
Le déserteur
Editions Gallimard, 1973