PAR LA FENÊTRE

MCMXLVI

... Par la fenêtre j’aperçois
des enfants tués sur les plages
Et comme on brûle des villages
Les chacals patient s’assoient
Tandis qu’au café se conçoit
La priorité de l’en-soi.

D’où vient l’odeur de pourriture
Que si mal masquent nos parfums
Serait-ce nos rêves défunts
Sans lendemain sans sépulture
Les capitaines d’aventure
Espèrent des pestes futures

Il est des massacres récents
Mais les naufrageurs de chimères
Ont des musiques d’outre-mer
Pour étouffer les cris perçants
Qui n’atteindront plus les passants
Dans ce crépuscule de sang.

Louis Aragon, Le nouveau crève-cœur, 1948



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