PANORAMA IMPERIAL X

La chaleur des choses se retire. Les objets quotidiens repoussent l’homme en douceur mais de manière tenace. Au final, il est contraint de fournir jour après jour un énorme travail pour maîtriser les résistances secrètes - et pas seulement celles qui s’expriment ouvertement - auxquelles il se heurte. Il doit compenser leur froideur par sa propre chaleur pour ne pas se figer à leur contact et il doit saisir leurs piquants avec une habileté infinie pour ne pas risquer de se vider de son sang. Aucune aide à attendre de ses semblables. Contrôleurs, fonctionnaires, artisans et vendeurs - tous se sentent les représentants d’une matière rebelle, dont ils s’appliquent par leur propre rudesse à mettre en lumière la dangerosité. Et la terre elle-même conspire à la dégénérescence des choses avec laquelle - en se laissant aller au déclin humain, ils châtient celui-ci. La terre, de la même manière que les choses, ronge l’homme, et le printemps allemand, éternellement absent, n’est qu’une des innombrables manifestations de la nature en décomposition. On vit en elle comme si la pression de la colonne d’air dont chacun porte le poids était brusquement, et contre toute loi, devenue sensible dans ces contrées.

Walter Benjamin
Sens unique
1928
Traduction et adaptation : Hélène Colette Fontaine
Edition : images pensées


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Panorama impérial, texte et contexte


METATEXTE


TEXTE ORIGINAL

Kaiserpanorama X
Aus den Dingen schwindet die Wärme. Die Gegenstände des täglichen Gebrauchs stoßen den Menschen sacht aber beharrlich von sich ab. In summa hat er tagtäglich mit der Überwindung der geheimen « Widerstände – und nicht etwa nur der offenen –, die sie ihm entgegensetzen, eine ungeheure Arbeit zu leisten. Ihre Kälte muß er mit der eigenen Wärme ausgleichen, um nicht an ihnen zu erstarren und ihre Stacheln mit unendlicher Geschicklichkeit anfassen, um nicht an ihnen zu verbluten. Von seinen Nebenmenschen erwarte er keine Hilfe. Schaffner, Beamte, Handwerker und Verkäufer – sie alle fühlen sich als Vertreter einer aufsässigen Materie, deren Gefährlichkeit sie durch die eigene Roheit ins Licht zu setzen bestrebt sind. Und der Entartung der Dinge, mit welcher sie, dem menschlichen Verfalle folgend, ihn züchtigen, ist selbst das Land verschworen. Es zehrt am Menschen wie die Dinge, und der ewig ausbleibende deutsche Frühling ist nur eine unter zahllosen verwandten Erscheinungen der sich zersetzenden deutschen Natur. In ihr lebt man, als sei der Druck der Luftsäule, dessen Gewicht jeder trägt, wider alles Gesetz in diesen Landstrichen plötzlich fühlbar geworden.


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