LES CHAINES DE L’ESCLAVAGE

Abusés par les mots, les hommes n’ont pas l’horreur des choses les plus infâmes décorées de beaux noms et ils ont horreur des choses les plus louables décriées par des noms odieux, aussi, l’artifice ordinaire des cabinets est d’égarer les peuples en pervertissant le sens des mots. Et souvent, des hommes de lettres avilis ont l’infamie de se charger de ce coupable emploi. Ils appellent loyauté la prostitution aux ordres arbitraires, rébellion la fidélité aux lois, révolte la résistance à l’oppression, punition des séditieux le massacre des amis de la liberté.

Jean-Paul Marat, Les chaînes de l’esclavage, 1792