AUX USA, JE NE PEUX PAS ÉCRIRE !

Au Musée d’art contemporain (MOCA), à Los Angeles, un immense drapeau carnassier aux extrémités déchirées était secoué par un vent artificiel produit par d’énormes ventilateurs.

Il n’y avait pas de visiteurs à l’exposition. A un moment, j’ai pensé que dans cet immense espace j’étais totalement seul. Mais bientôt j’ai remarqué deux personnes habillées de robes noires déchirées, qui se déplaçaient lentement, dans une semi-obscurité, essayant désespérément de s’accrocher aux murs. Le dos courbés, ils passaient le long de la librairie juste à côté de l’endroit où quelqu’un avait mit un écriteau sur le mur qui disait : « je ne peux pas respirer ! ».

C’était très probablement une performance, une action de protestation désespérée d’un homme et d’une femme, une performance contre le dévastateur drapeau géant.

«  Je ne peux pas respirer ! » a crié un homme avant de mourir, avant d’être assassiné par le régime.

« Je ne peux pas écrire ! », j’ai pensé. Ce qui pour moi est presque la même chose que de ne pas pouvoir respirer.

***

C’est la première fois depuis de nombreuses années que j’ai raté ma rubrique, mon essai, pendant plusieurs semaines.

Même quand j’ai été arrêté en République Démocratique du Congo, au Kenya, au Sénégal, je me suis débrouillé pour écrire.

J’ai réussi à écrire après qu’un prête évangélique, dérangé et fasciste, a payé le personnel de mon hôtel pour m’empoisonner dans la ville indonésienne de Surabaya.
J’ai écrit dans de nombreuses zones de guerres et dans des bidonvilles désespérés, depuis l’Irak jusqu’à Mindanao, depuis Haïti jusqu’aux Iles Marshall.

Mais je ne pouvait pas écrire aux Etats-Unis d’Amérique. Pas une seule ligne, pas un mot. Pas cette fois.

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J’ai parlé. J’était invité pour parler et j’ai parlé à d’énormes conférence dans le sud de la Californie, et j’ai pris la parole lors de rassemblements de l’opposition pour la paix à Monterey, San Jose et Fresno.

On m’avait demandé de parler de mon livre de 1000 pages, Exposing lies of the Empire, qui est devenu un best-seller, de définir mon engagement contre l’Empire, de montrer les horreurs qui ont été commises à travers le monde.

J’ai montré des films, des extraits de mes films sur l’Afrique, sur le Rwanda et le Congo, sur un camp de réfugiés de Somali, sur les horribles bidonvilles de Nairobi.
On m’a demandé de montrer tout cela et plus, mais à la fin, un homme s’est levé et a demandé : « pourquoi nous montrez-vous tout cela à nous ? ».

« Parce votre pays est en train d’assassiner des millions de personnes, juste maintenant », j’ai répondu.

« Qu’est-ce que vous attendez de nous ? Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? » il m’a demandé encore, d’une voix froide.

Alors qu’il disait ça, j’étais encore en train de me remettre d’un monstrueux décalage horaire, après avoir voyagé pendant 48h d’Afrique du Sud pour arriver en Californie la veille du jour de la présentation. En Afrique du Sud, j’étais parmi mes camarades. Tout était différent : il y a une immense lutte pour un monde meilleur, les pauvres manifestent et font pression sur leur gouvernement, la grand Université d’Afrique du Sud (UNISA) est profondément impliquée. Là-bas, j’ai parlé au 14e Symposium international sur les contributions de la psychologie pour la paix. Là-bas j’ai parlé et parlé, j’ai combattu et combattu et j’étais impliqué dans les négociations, j’aidais à donner forme aux concepts : comment aucune paix ne peut et ne doit exister sans justice, sans justice sociale et comment aucun progrès ne peut être fait partout sur la planète sans se confronter à l’impérialisme occidental et au fascisme.

En Californie, tout était à l’envers : tout était complètement différent. En Californie, je me tenais seul face à aux visages froids de foules auto-légitimées, des foules convaincues de leur supériorité, même parmi ceux qui étaient bienveillants et modérément critiques de certaines actions meurtrières menées par leur pays dans d’innombrables parties du monde.

« Ils ne nous disent pas la vérité », j’entendais les gens répéter à plusieurs occasions. Les citoyens de l’Empire sont prompts à se décrire comme des « victimes ». Est-ce que le même spectacle s’est produit dans l’Allemagne nazie des années 1930 ? Très probablement oui ! « L’Allemagne vaincue était frappée par une hyper inflation, par les réparations de guerre, et c’était donc une victime ». Elle pensait qu’elle était devenue une victime des Bolchéviques et des juifs et des Français et des Roms… Les Etats-Unis n’ont pas été vaincus de l’extérieur, seulement de l’intérieur. Les deux situations sont différentes. Pourtant il y a beaucoup de similitudes, particulièrement sur comment les deux empires ont traité les « non peuples ».

« Est-ce que vous croyez à la culpabilité collective, à la responsabilité collective  » m’a demandé quelqu’un dans le public.

« Absolument  », j’ai répondu. « La responsabilité et la culpabilité de l’Occident, de la race blanche, de la chrétienté, de l’Empire ! Une responsabilité et une culpabilité collective pour des centaines de millions de victimes réduites à l’état de non peuples. Des victimes gazées, bombardées, affamées, mutilées… La culpabilité et la responsabilité collectives pour le viol de la libre volonté de milliards de personnes en Afrique, Amérique latine, au Moyen Orient, en Asie et dans le Pacifique. Culpabilité et responsabilité collectives pour l’apartheid global qui se déroule encore actuellement ! »

***

Je n’ai pas senti d’urgence de la part des gens qui vivent dans le sud de la Californie : je n’ai senti aucune urgence à Fresno, Monterey ou San Jose. La vie continuait. Leur vie… Des autres vies, ils ne savent rien. Ils s’assurent en fait de ne rien savoir.
Une fois de temps en temps, ils protestent, pour se sentir en paix avec eux-mêmes.
J’ai enchaîné les speechs, les présentations et les interventions sur ce que j’avais vu en Afrique et dans le Moyen-Orient : des guerres perpétuelles, la destruction de nations entières, des millions de corps qui s’entassent les uns sur les autres. J’ai donné des exemples et montré des films. J’ai analysé en profondeur comment l’Occident a créé l’antagonisme avec la Chine et la Russie.

A un moment, j’ai commencé à parler, passionnément, des révolutions d’Amérique latine, de la poésie et de la musique, des histoires, de la beauté idéaliste de la rébellion. J’ai parlé des poètes comme Neruda, Paz, Cardenal et Parra. J’essayais d’enflammer la foule. Et soudainement, j’ai réalisé que quelque chose ne fonctionnais pas… silence de mort. J’ai regardé devant moi : la plupart de la « foule » était constituée de femmes de plus de 80 ans, certaines en chaises roulantes, d’autres qui dormaient.

« Les jeunes sont… en eux-mêmes », m’a-t-on dit. « Ce n’est pas facile de les amener à nous rejoindre...  »

Jour après jour, je me demandais ce que j’étais en train de faire là, au milieu du pays responsable de meurtres de masses partout sur la planète. Est-ce que j’étais moi aussi en train de devenir fou, comme plusieurs éditeurs de la pseudo gauche, éditeurs de publications eurocentriques en Amérique du nord et en Europe, qui prêchent au monde que les peuples d’Espagne, de Grèce et des Etats-Unis souffrent actuellement au moins autant ou presque autant qu’un milliard de non peuples à travers le monde ? Comme si la plupart d’entre eux n’avaient pas, en dépit de tout, profité d’incroyables privilèges payés par les vies et le sang des Africains, des Asiatiques et des Moyen-orientaux. Non, je savais encore ce qui était en train de se passer ! Je savais encore qui étaient les véritables victimes. Je voulais toujours partir de là, le plus vite possible !

Là, tout était un incroyable non sens. Les trucs vides de « se sentir bien » ! Les mouvements pour la paix… Presque pas de noirs, très peu d’hispaniques ou d’asiatiques ! On ne les achetait pas avec ces trucs. Ils savaient que ce n’était pas pour eux.

Les gens que je rencontrais tout le temps ne voulaient pas vraiment de réel changement, c’était évident. Ils ne voulaient pas « savoir » non plus. L’information est disponible en ligne, sur RT, sur Counterpuch, c’est partout, vraiment partout ! Mais de savoir réellement signifierait qu’on ne peut plus se cacher derrière son ignorance, savoir signifierait que chacun devrait être obligé d’agir !

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Il n’y a presque plus de révolutionnaires aux Etats-Unis ou en Europe, juste des masses moralement défaillantes, sans émotions, insincères, des individus égoïstes qui ont peur de perdre leurs privilèges. Au moins les gens de droite sont honnêtes !
Le régime prend pleinement avantage de la situation. Il nourrit et maintient cet état des choses. Mais les dirigeants et les masses égoïstes et hypocrites sont devenu interdépendants : ils vont dans la même direction. C’est pourquoi les partis fascistes ne sont jamais écartés du pouvoir par le vote. Presque tout le monde aux Etats-Unis et en Europe veut que l’exploitation et le viol du reste du monde continue !
Est-ce que quelqu’un croit réellement que ceux qui protestent en Espagne et en Grèce sont en train de mener des batailles internationales, des batailles pour l’humanité ? Ou est-ce qu’ils veulent simplement retrouver leurs privilèges sociaux et économiques ? Ces privilèges dans lesquels ils ont baigné juste une ou deux décennies en arrière, privilèges obtenus par des prêts et des subventions, pendant que des millions de non peuples sont pillés et sacrifiés à travers le monde des pauvres pour que leurs paresseux frères humains aux Etats-Unis et en Europe puissent continuer à vivre leur vie privilégiée, parce qu’ils sont nés blanc et dans l’une des « bonnes places » ?

La gauche a perdu aussi bien en Amérique du Nord et en Europe. Elle a perdu clairement et honteusement. Mais jusqu’à maintenant, elle est si arrogante qu’elle ose s’adresser à des pays comme la Chine et la Russie avec cet air de supériorité occidental et chrétien : elle ose penser qu’elle a le droit de décider si la Chine ou l’Afrique du Sud sont effectivement socialistes ou communistes, ou, pour utiliser ce slogan imbécile de la propagande occidentale, « plus capitaliste que l’Occident lui-même ».

Pendant mon séjour de deux semaines en Californie, je n’ai perçu aucun remord. Quand je montrais et que j’expliquais comment des millions de personnes ont été tués par l’impérialisme occidental, les gens disait « oh, comme c’est terrible ». Parce c’est ce qu’ils ont été entraînés à dire. Mais il n’y avait pas de détermination à changer les choses, pas de véritable sentiment.

Où que j’aille, je me suis senti totalement déplacé. On attendait de moi que je tienne dans le format imposé. On m’a dit de ne pas montrer d’images trop choquantes, parce que les gens étaient « très sensibles » ! A la fin, j’ai décidé de ne pas montrer d’images du tout. Il était entendu que je devrait être poli. Alors que tout ce que je voulais faire était de lancer des insultes aux visages de ces hommes et femmes sûrs de leur bon droit qui suivaient cette épouvantable tradition chrétienne : faire un petit peu de bien tout en ignorant le véritable mal, tout ça pour s’acheter un peu de crédit pour affronter l’éternité.

Je n’arrêtais pas d’entendre des clichés sur la paix, la démocratie. Certains voulaient la justice et la fin des guerre, mais s’accrochaient désespérément aux symboles de l’Empire, à l’héritage des vieux collaborateurs comme Vaclav Havel, le Pape Jean-Paul II, le Dalaï Lama, Mère Thérésa…

Je ne pouvais pas respirer. J’avais perdu la capacité d’écrire. Je sentais la colère monter en moi. La colère m’étouffait, m’étranglait. C’était une colère malsaine, mêlée de frustration ! Ce n’était pas cette colère sacrée que l’on sent quand on part affronter le véritable mal. C’était quelque chose de mesquin, d’indescriptible et de pathétique. Elle me détruisait, m’humiliait.

J’ai détesté les combats que j’ai dû mener là-bas.

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J’ai essayé de voir la réalité qui m’entourait avec des yeux différents mais partout où je regardais, je voyais seulement un pays et une culture qui s’effondrent, tristes et dysfonctionnels.

J’ai roulé sur des autoroutes pleines de trous et de bosses. J’ai emprunté un chemin de fer primitif. J’ai rencontré des gens qui n’étaient absolument pas intéressés à travailler ou à améliorer leur pays. J’ai été confronté à l’individualisme, à l’égoïsme. J’ai vu des gens qui clairement ne s’aimaient pas mais prétendaient qu’ils étaient plein d’attention et de courtoisie.

Mais qu’une chose aille mal, alors la haine et l’explosion suivraient.

J’ai vu un pays où les instincts positifs basiques et les valeurs de l’humain se sont déjà effondrés.

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Fonctionner dans cette société était humiliant. J’ai essayé d’envoyer un paquet. A la poste de Clermont, j’ai dû refaire le paquet trois fois parce que je n’avais pas la bonne boîte (seul le directeur de la poste savait quelle était la bonne boîte, mais il n’allait jamais s’embêter à me la montrer). A la gare, un femme qui n’avait rien à faire, accrochée à son téléphone portable, m’a informé que la gare ne vendait pas de tickets. J’ai dû sortir dans la chaleur suffocante et essayer d’en acheter un à un automate. Je ne pouvais rien voir – le soleil était sans pitié. Je suis retourné à la gare et j’ai encore demandé. On m’a dit : « Appelez la compagnie de train et déposez une réclamation ». « Est-ce que je ne peux pas acheter un billet dans le train ? » « Non », on m’a dit, « si vous montez sans billet dans le train, vous pouvez être arrêté ».
Tout avait commencé quand j’étais arrivé. Alors que j’avais voyagé pendant 48 heures depuis l’Afrique du Sud jusqu’au sud de la Californie, chargé de films et de livres pour la conférence, personne n’est venu à ma rencontre à l’aéroport. Du coup j’ai pris un taxi. Mais personne n’est venu me rencontrer là où j’étais censé rester. J’ai attendu dans la rue pendant plus d’une heure. Quelques jours plus tard, alors que je devais changer de lieu, la personne qui était censée m’emmener est arrivée avec deux heures de retard. Quand j’ai fait un commentaire, sur un ton juste factuel, il m’a crié : « vous voulez marcher ? »

Je n’attendais pas beaucoup de gens qui vivent dans un pays qui assassine des millions de personnes, mais l’arrogance que j’ai rencontrée était tout de même hallucinante. Ce n’était pas juste l’arrogance du personnel de sécurité de l’aéroport : c’était l’arrogance des citoyens ordinaires.

J’ai remarqué un incroyable manque de discipline. En Chine, en Inde, au Vietnam, les gens seraient renvoyés s’ils adoptaient le ton et la performance de nombreux employés américains. J’ai entendu de nombreuses fois : « nous ne voulons pas finir par travailler comme les gens en Asie  ». « Super, je répondais. Parfait. Mais alors n’attendez pas des gens à travers le monde de faire des heures supplémentaires, ou même de mourir pour votre léthargie ». Quel luxe, une telle attitude !

En quittant les Etats-Unis pour l’Equateur, j’ai essayé d’enregistrer mes bagages jusqu’à ma destination finale. L’employée de Delta n’avait aucune idée d’où se trouvait Quito, et à 5h20 du matin, elle n’avait manifestement aucune envie de l’apprendre. Elle a enregistré mon bagage jusqu’à Mexico, et quand j’ai protesté (il me faudrait me trimballer ma valise à travers les douanes mexicaines et l’enregistrer à nouveau), elle a commencé à vomir des lois qu’elle venait d’inventer. J’ai insisté. Elle a appelé son supérieur. On lui a dit de m’enregistrer tout le long du trajet jusqu’à Quito. Mais elle n’avait aucune idée de comment faire. S’est-elle excusé ? Pas du tout ! Plus ça lui prenait du temps, plus elle devenait agressive.

Il était évident que l’Empire avait appris comment assassiner et contrôler les non peuples à distance.

Les citoyens de l’Empire se plaignent que leurs privilèges sont en train de disparaître. Et bien, ces privilèges sont en train de fondre, mais la plupart d’entre eux sont toujours là. Aucun pays hors de la zone occidentale ne pourrait survive avec un niveau d’éthique au travail si bas, avec d’aussi mauvaises performances.
En Occident, « être à gauche » signifie demander de plus grands privilèges et bénéfices pour les occidentaux, c’est-à-dire plus de travailleurs esclaves à l’étranger.

Pour nous, la gauche veut dire « internationalisme ».

Les deux visions sont antagonistes, non complémentaires. Les objectifs de la gauche en Equateur ou au Vénézuela souffriraient si la gauche occidentale gagnait.
Le colonialisme n’est jamais mort !

L’apartheid n’a jamais été démantelé. Il est juste devenu mondial.

L’esclavage a changé de nom mais il continue.

Sinon, comment les Etats-Unis et l’Europe pourraient-ils survivre sous leur forme actuelle ?

***

Pendant ces deux semaines, j’ai rencontré quelques uns des plus grands penseurs vivants aux Etats-Unis : Michael Parenti et John Cobb. Il y a quelques temps, j’ai travaillé avec Michael sur deux livres, un des siens et un des miens, mais c’était notre première rencontre en face à face. J’ai discuté du christianisme avec John Cobb, essayant de définir ce qui est encodé dedans et qui autorise que soient commises au nom de la Croix les plus horribles atrocités. C’était une discussion profonde, philosophique, et nous allons en faire un livre, bientôt.

J’ai aussi passé une soirée merveilleuse à Los Angeles avec l’éditeur de CounterPunch, Joshua Franck et sa femme Chelsea, tous deux brillants, chaleureux et agréables.

J’ai travaillé et voyagé avec un animateur de radio engagé et militant, Dan Yaseen et sa compagne Camille.

Oui, bien sûr, il y a des gens brillants, bons et dévoués vivant aux Etats-Unis. Mais même eux savent et admettent qu’ils sont trop peu pour la taille du pays, trop peu pour arrêter les crimes que l’Empire est en train de commettre.

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J’ai été choqué par l’état dans lequel j’ai trouvé les Etats-Unis.
Je suis parti depuis des années. J’ai quitté New York qui a été mon foyer pendant plus d’une dizaine d’années. Je n’y suis jamais retourné, sauf pour le lancement de mes films et de mes livres et pour voir mes amis. Je ne suis jamais resté longtemps. Deux semaines, cette fois, était mon plus long séjour depuis des années.
Cette visite m’a cassé. Elle m’a épuisé. Elle m’a complètement déprimé.

J’ai vu clairement comment cette grotesque pseudo-moralité, ces concepts religieux dégoûtants et cette hypocrisie influencent et ruines des nations entières, des états clients, à travers le monde et particulièrement en Asie et en Afrique.

Oui, je crois à la culpabilité collective. Portant la nationalité américaine, je partage la culpabilité. Aussi je travaille sans arrêt, non pour me laver les mains, mais pour arrêter la folie.

Je suis convaincu que l’Occident, la race blanches et ses valets à l’étranger n’ont aucun droit de diriger cette planète. J’ai vu assez pour asseoir ma conviction.
L’Occident est fini. Sa culture est morte. Ce qui reste est repoussant, même horrifiant. Il n’y a pas de cœur, pas de compassion et pas de créativité. Et ces millions de gens derrière la zone occidentale ne devraient pas mourir alors qu’ils sont forcés de supporter l’individualisme agressif du colonialisme post-chrétien, post-croisade et le fascisme de l’Europe et des Etats-Unis.

Pendant ces épouvantables deux semaines, ma capacité à écrire s’est effondrée, mais uniquement jusqu’au moment où mon avion, faisant route vers le sud, vers l’Amérique latine, a décollé de l’aéroport de Salt Lake City et a pris le large.
Après, tout est revenu à la normale. Les moteurs rugissaient et j’ai ouvert mon mac et j’ai commencé à taper. Arrivé au moment d’atterrir à Mexico, la moitié de cet essai était écrit. Et à Quito, entouré par la chaleur et la gentillesse des locaux, principalement des indigènes, je me suis senti heureux, fort et vivant à nouveau. j’ai commencé à écrire : j’étais capable d’écrire. Aussi j’ai survécu. Mon cauchemar était terminé.

André Vltchek, 2015